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Aux portes de l’Antarctique, une menace silencieuse gagne du terrain dans les eaux profondes

Pour la première fois, des données scientifiques confirment un changement majeur dans la circulation de l’océan Austral, où des masses d’eau plus chaudes s’approchent dangereusement des plateformes de glace. Un phénomène qui met en péril le pôle Sud.

ans les profondeurs glacées de l’océan Austral, un changement s’opère. Publiée mardi 28 avril dans la revue Communications Earth & Environment, une nouvelle étude océanographique menée par l’université de Cambridge, en collaboration avec l’université de Californie révèle que la chaleur des abysses progresse lentement vers l’Antarctique. Ce mouvement, invisible à l’œil nu, menace un équilibre essentiel. Les plateformes de glace, qui bordent le continent, pourraient être fragilisées par cette eau plus chaude venue d’ailleurs.

Dans leur rapport, les six chercheurs mettent en évidence l’expansion d’une masse d’eau bien connue des océanographes, “l’eau profonde circumpolaire”. C’est elle qui pourrait provoquer un dérèglement dans la région.

Une première observation du phénomène

Au cours des vingt dernières années, l’eau profonde circumpolaire s’est rapprochée du plateau continental antarctique. “C’est inquiétant, car cette eau chaude peut s’infiltrer sous les plateformes de glace antarctiques, les faisant fondre par le dessous et les déstabilisant”, explique Joshua Lanham, auteur principal de l’étude, à Eurekalert. Ces immenses barrières de glace jouent pourtant un rôle crucial en retenant les glaciers et les calottes, qui contiennent assez d’eau pour faire monter le niveau des mers de plusieurs dizaines de mètres.

Jusqu’à présent, ce phénomène restait difficile à observer. Les mesures étaient trop rares pour suivre précisément l’évolution de la chaleur dans l’océan. C’est la première fois que des scientifiques observent ce changement de température dans les profondeurs de l’océan Austral.

“Les modèles climatiques l’avaient prédit en raison du réchauffement climatique, mais nous ne l’avions pas encore constaté dans nos données”, précise Joshua Lanham.

Des mesures inquiétantes prises par des navires et des flotteurs

En compilant des mesures océaniques recueillies sur les quatre dernières décennies par des navires et des robots flottants, plus précisément des flotteurs Argo, l’équipe a pu enfin mettre en lumière le déplacement des eaux chaudes“Auparavant, les calottes glaciaires étaient protégées par un bain d’eau froide, ce qui les empêchait de fondre. Aujourd’hui, il semble que la circulation océanique ait changé, et c’est un peu comme si on avait ouvert le robinet d’eau chaude et que l’eau du bain se réchauffait”, schématise la professeure Sarah Purkey, autre co-auteure de l’étude.

Plus de 90 % de la chaleur excédentaire due au réchauffement climatique est stockée dans l’océan, rappelle l’équipe. Toute la chaleur d’origine anthropique emmagasinée commence ainsi à être redistribuée. Et les conséquences vont largement dépasser l’Antarctique. “L’océan Austral joue un rôle clé dans la régulation du stockage mondial de la chaleur et du carbone. Les changements dans la répartition de la chaleur à cet endroit auront des répercussions plus larges sur le système climatique global”, indique à son tour Ali Mashayek.

Les scientifiques insistent sur le fait qu’ils n’alertent pas au sujet d’une hypothèse, mais d’un scénario bien réel qui se produit déjà sous la surface.

Aux portes de l’Antarctique, une menace silencieuse gagne du terrain dans les eaux profondes – Geo.fr

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