D’ici 2055, jusqu’à 4 000 glaciers pourraient disparaître chaque année… si on ne réagit pas rapidement, nous courrons à la catastrophe
À partir d’un seuil critique, la fonte des glaces cesse d’être graduelle pour devenir exponentielle. Les chercheurs parlent désormais d’un effondrement numérique mondial, capable de redessiner le paysage alpin, andin ou himalayen en l’espace de quelques décennies.
À l’échelle des temps géologiques, les glaciers sont les témoins patients des variations climatiques de la Terre. Aujourd’hui pourtant, ce sont eux qui disparaissent à une vitesse inédite. Alors que le réchauffement planétaire s’accélère, la disparition des glaciers ne se mesure plus seulement en perte de masse ou de surface, mais en nombre pur. Et ce compte à rebours s’annonce brutal.
Une extinction glaciaire qui atteindra son apogée vers 2055
Ils sont plus de 210 000 aujourd’hui, répartis sur les cinq continents. Pourtant, selon les projections croisées de trois modèles climatiques globaux, ce nombre pourrait s’effondrer de 91% d’ici la fin du siècle si le réchauffement atteint 4 °C. À ce rythme, le monde entrerait dès 2040 dans une phase de disparition accélérée, avec un maximum de glaciers condamnés autour de 2055. Ce phénomène porte désormais un nom. Le pic d’extinction glaciaire.
L’étude publiée dans Nature Climate Change par une équipe internationale dirigée par Lander Van Tricht repose sur une approche inédite. Plutôt que de se limiter aux variations de masse ou de surface, les chercheurs ont compté glacier par glacier, année après année, les entités qui disparaîtront totalement. Un glacier est ainsi déclaré éteint lorsqu’il tombe sous 0,01 km² ou perd plus de 99% de son volume initial. Cette méthode, bien que plus intuitive, révèle l’ampleur d’un processus silencieux et largement sous-estimé.
Sous un scénario de réchauffement limité à +1,5 °C, environ 2 000 glaciers disparaîtraient chaque année autour de 2041, puis le rythme ralentirait car il resterait de moins en moins de glaciers à fondre. À +4 °C, ce chiffre grimperait à près de 4 000 glaciers annuels, jusqu’à ce qu’il ne reste plus que des reliques isolées en périphérie du Groenland ou en Antarctique.µ
La disparition des glaciers suit une dynamique régionale contrastée
Cette hécatombe n’a rien d’homogène. Elle varie fortement selon la taille, le climat local et la distribution des glaciers. Dans les Alpes européennes, les Andes subtropicales ou le Caucase, où dominent des glaciers de petite taille, plus de la moitié pourraient disparaître d’ici 2040. Dans ces zones, le phénomène est si rapide qu’il atteint son apogée indépendamment du scénario climatique.
À l’inverse, dans les régions polaires comme l’Arctique canadien, la Russie ou la périphérie de l’Antarctique, la taille plus importante des glaciers retarde leur effacement. Le pic d’extinction n’y interviendrait que bien plus tard, parfois même après 2100, mais les pertes y seraient tout aussi profondes à long terme. À l’échelle mondiale, ces différences expliquent pourquoi le nombre de glaciers fondus peut paraître décroissant après 2070. Non pas parce que le phénomène ralentit, mais parce qu’il ne reste tout simplement plus assez de glaciers à faire disparaître.




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