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 Science-et-vie.com – Sous l’Antarctique, des lacs invisibles pourraient précipiter la montée des océans

Un nouveau relevé satellitaire révèle l’existence de réservoirs d’eau enfouis capables de modifier le comportement des glaciers sur des décennies. En se remplissant ou en se vidant, ces structures invisibles modulent la vitesse d’écoulement de la glace, avec des effets qui remontent jusqu’à la surface.

Sous l’apparente stabilité des calottes polaires, un réseau discret mais actif dresse une tout autre carte du sous-sol gelé. Des masses d’eau en mouvement sculptent la base des inlandsis, modifient la vitesse des glaciers, et défient les modèles climatiques établis. Les lacs sous-glaciaires en Antarctique émergent ainsi comme un facteur invisible mais potentiellement décisif dans l’évolution du niveau des mers.

Cartographier l’invisible sous l’Antarctique grâce aux satellites

Pendant longtemps, les lacs enfouis sous la calotte antarctique n’étaient que des hypothèses. Leur présence, dissimulée sous des couches de glace atteignant parfois quatre kilomètres d’épaisseur, échappait à toute forme d’observation directe. Il a fallu l’avènement d’une nouvelle génération de satellites pour que ces poches d’eau soient enfin repérées. Parmi eux, CryoSat-2, un satellite européen lancé en 2010, a joué un rôle déterminant. Grâce à son radar altimétrique à haute résolution, il a permis de suivre les infimes variations de hauteur de la glace, signe de remplissage ou de vidange de réservoirs liquides enfouis.

Ces données, collectées sur une période de dix ans, ont permis d’identifier 85 nouveaux lacs actifs, portant à 231 le nombre total de ces entités hydrologiques en activité sous l’Antarctique. Dans une étude relayée par SciTechDaily, les chercheurs expliquent que cette découverte repose sur la capacité du satellite à détecter des élévations ou affaissements de surface aussi faibles que quelques centimètres sur plusieurs années. Ces ondulations lentes et silencieuses de la glace révèlent ainsi la présence de lacs remplis d’eau sous pression.

La surface du continent antarctique, que l’on croyait figée, se soulève et s’abaisse en silence, au rythme des cycles hydrologiques souterrains. Certains lacs se remplissent pendant plus de trois ans, d’autres se vident en quelques mois. La durée moyenne d’un cycle complet dépasse les deux ans, et peut impliquer des volumes d’eau équivalents à plusieurs centaines de piscines olympiques.

Les lacs sous-glaciaires en Antarctique, révélateurs d’un système dynamique

Ces lacs ne sont pas des entités isolées, figées dans le temps. Au contraire, ils forment parfois des réseaux hydrologiques interconnectés, où l’eau se déplace d’un réservoir à l’autre sur des dizaines, voire des centaines de kilomètres. L’étude publiée dans Nature Communications en septembre 2025 décrit ainsi cinq systèmes majeurs de lacs connectés, avec des épisodes de drainage en amont synchronisés à des remplissages en aval. Les chercheurs ont observé ce phénomène notamment sous le glacier David, dans la Terre Victoria, où une vidange de lac a précédé un remplissage 100 kilomètres plus loin.

Le comportement de ces lacs est loin d’être uniforme. Certains se remplissent de manière continue sans jamais se vider, d’autres alternent cycles complets de vidange et de remplissage, tandis que d’autres encore montrent une activité en escalier, avec des paliers de stagnation. Cette diversité reflète la complexité des interactions entre la topographie du socle rocheux, l’épaisseur de glace et les pressions internes. Dans de nombreux cas, les limites géographiques de ces lacs évoluent elles aussi au fil du temps, avec des surfaces pouvant varier de 10 à 50% selon les cycles observés.

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