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18 mois après, le mystère demeure entier quant à la disparition sous l’Antarctique du sous-marin suédois Ran

C’était une première mondiale. Un exploit technique… Et aujourd’hui, un mystère glacé.
En janvier 2024, le petit sous-marin autonome suédois Ran s’est aventuré une nouvelle fois sous la gigantesque plateforme de glace de Dotson, en Antarctique occidental.
Il devait y cartographier les reliefs invisibles du glacier, détecter ses fractures internes, révéler ses failles sous-marines. Il ne reviendra jamais.

Ran, le soldat inconnu de l’Antarctique 

La barrière de Dotson est une barrière de glace d’Antarctique occidental. Large d’environ 50 km, elle s’étend le long de la côte de Walgreen de la terre Marie Byrd, entre la péninsule du Bear et la péninsule de Martin. C’est un fragment de la calotte glaciaire de l’Antarctique occidental et un mastodonte qui menace à lui seul de faire monter le niveau des océans de 3 mètres si sa structure venait à s’effondrer.

Depuis l’espace, les satellites nous offrent des clichés figés. Des données précieuses, mais partielles. Ce qui se joue dessous, dans l’obscurité des cavités sous-glaciaires, reste largement inconnu.

C’est là qu’intervient Ran, un sous-marin autonome bardé de capteurs, long d’environ 6 mètres, programmé pour naviguer à 50 mètres au-dessous de la glace, dans des corridors invisibles. En 2022, il avait déjà exploré plus de 1 000 kilomètres en 27 jours sous la plateforme. Et ce qu’il avait révélé allait bouleverser les modèles.

La face cachée des glaciers

Contrairement à l’image d’une surface plane et lisse, la base du glacier s’est révélée être un paysage vallonné, sculpté comme un désert inversé. Des plateaux. Des pics. Des formations en forme de dunes. Le tout parcouru de fractures verticales profondes.

Sous l’effet des courants océaniques et de la rotation de la Terre, l’eau creuse, érode, cisaille.
Certains secteurs fondent plus vite que d’autres, non pas à cause d’une température plus élevée, mais à cause de mouvements d’eau que personne n’avait jamais pu cartographier de manière aussi fine.

C’est ce que Ran avait permis de comprendre : la fonte des glaciers ne dépend pas uniquement de la température, mais surtout des flux océaniques invisibles qui circulent en profondeur.

12250 ran2Le véhicule sous-marin autonome Ran a été programmé pour effectuer des missions sous la plateforme de glace. Un sonar multifaisceaux avancé a été utilisé pour cartographier la base de la glace à une distance d’environ 50 mètres. Photo : Anna Wåhlin / Science Advances

Une disparition dans les ténèbres

Tout était prêt pour répéter l’exploit. En janvier 2024, l’équipe internationale repart à l’assaut de Dotson, avec l’objectif de refaire les mesures deux ans plus tard. Une manière de constater l’évolution des zones critiques et d’affiner encore les modèles.

La mission commence. Le sous-marin effectue une première plongée. Il revient, rapporte ses données.

Un an plus tard, le vide

Août 2025. Cela fait plus de 18 mois que le petit sous-marin a disparu, probablement quelque part à 17 kilomètres sous la glace, dans les cavités les plus inaccessibles de la planète. Aucune nouvelle opération n’a été lancée depuis.

L’Université de Göteborg, qui pilote le projet, garde le silence. L’équipe d’Anna Wåhlin, océanographe chevronnée, a reconnu la perte dans un communiqué laconique. Depuis, plus rien. Aucune annonce sur un remplaçant. Aucun financement annoncé.

Et pourtant, les enjeux sont là : mieux comprendre la fonte des glaces, c’est mieux anticiper la montée du niveau des océans, la redistribution des courants marins, et même les impacts sur les écosystèmes côtiers.

Ce que Ran avait découvert changeait déjà la donne

Les résultats de la première mission de Ran, publiés dans Science Advances, ont forcé les chercheurs à revoir leurs hypothèses. La fonte était plus hétérogène, plus dynamique, plus imprévisible que les modèles ne le prévoyaient.

Des zones de faiblesse structurelle avaient été repérées. Des sillons sculptés par l’eau de mer démontraient que certaines parties du glacier perdaient plusieurs mètres par an, pendant que d’autres restaient étonnamment stables. Ces nuances, invisibles aux satellites, peuvent déterminer si une plateforme glaciaire s’effondre brutalement ou tient encore quelques décennies.

Sans Ran, ces données restent orphelines.

Les coulisses technologiques d’un sous-marin scientifique

Ran était un petit bijou de technologie ! Une véritable plate-forme mobile compacte, dotée d’un sonar multifaisceaux, d’une centrale inertielle, et de capteurs de courant, température, salinité. Il naviguait seul, sans GPS (inutile sous la glace), en s’appuyant sur sa mémoire embarquée et une navigation préprogrammée.

En surface, il pouvait être contrôlé par liaison radio mais sous la glace, il était livré à lui-même.

Et c’est ce qui rend sa perte si frustrante : impossible de savoir s’il a percuté une paroi, s’il a été pris dans une fracture, ou s’il est tout simplement tombé en panne sans possibilité de remonter.

Qui reprendra le flambeau ?

À l’heure actuelle, aucun sous-marin remplaçant n’a été annoncé. Le coût de Ran reste confidentiel, mais on estime qu’un engin équivalent pourrait coûter entre 4 et 7 millions d’euros à concevoir, équiper et déployer.

18 mois après, le mystère demeure entier quant à la disparition sous l’Antarctique du sous-marin suédois Ran

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