Antarctique : le déclin alarmant des manchots de Zavodovski face au réchauffement climatique
Antarctique : le déclin alarmant des manchots de Zavodovski face au réchauffement climatique
Une étude scientifique révèle un recul spectaculaire de la population de manchots à jugulaire sur l’île Zavodovski, dans l’Atlantique Sud. Entre 2011 et 2025, le nombre de nids occupés a diminué d’environ 63 %, tandis que les manchots macaroni sont devenus plus nombreux sur l’île.
Une colonie emblématique en pleine transformation
Située dans l’archipel des îles Sandwich du Sud, l’île Zavodovski abritait autrefois la plus grande colonie de manchots au monde. Ce territoire volcanique isolé, situé dans une région particulièrement exposée aux changements environnementaux, connaît aujourd’hui une transformation importante de sa faune.
Une étude publiée le 7 octobre 2026 dans la revue scientifique Current Biology met en évidence un déclin marqué des manchots à jugulaire (Pygoscelis antarcticus). En comparant des images satellites prises entre 2011 et 2025, les chercheurs ont constaté une diminution d’environ 63 % du nombre de nids occupés par cette espèce.
Cette évolution a également modifié la composition de la colonie. Les manchots macaroni (Eudyptes chrysolophus), une espèce subantarctique, sont devenus plus nombreux que les manchots à jugulaire sur l’île.
Le réchauffement de l’océan menace les ressources alimentaires
Pour les scientifiques, la diminution de la disponibilité du krill antarctique pourrait constituer l’une des principales explications du déclin observé.
Le krill, un petit crustacé marin, représente une ressource alimentaire essentielle pour les manchots à jugulaire. Ces oiseaux recherchent notamment des eaux relativement froides, où ils trouvent une partie importante de leur nourriture.
Or, le réchauffement régional de l’océan peut modifier la répartition du krill et réduire son accessibilité dans certaines zones. Une diminution de cette ressource risque ainsi de compliquer l’alimentation des manchots et la réussite de leur reproduction.
Les chercheurs considèrent que les changements climatiques constituent l’explication la plus probable des tendances observées. Toutefois, les mécanismes écologiques à l’origine de ces changements nécessitent encore des recherches complémentaires.
Pourquoi les deux espèces évoluent-elles différemment ?
Le recul des manchots à jugulaire ne s’accompagne pas d’une évolution identique chez toutes les espèces présentes sur l’île.
Les manchots macaroni possèdent un régime alimentaire plus diversifié et exploitent des zones marines différentes. Cette flexibilité pourrait leur permettre de mieux s’adapter aux modifications des conditions environnementales.
Les observations réalisées par les chercheurs indiquent que les deux espèces n’utilisent pas exactement les mêmes secteurs océaniques pour rechercher leur nourriture.
Cette différence pourrait contribuer à expliquer pourquoi leurs populations évoluent dans des directions opposées. Elle illustre également la manière dont le réchauffement climatique peut transformer progressivement les équilibres entre les espèces au sein d’un même écosystème.
Comment les chercheurs ont-ils étudié la colonie ?
Pour évaluer l’évolution des populations, les scientifiques ont combiné plusieurs méthodes d’observation, notamment l’analyse d’images satellites, la photographie aérienne et des relevés réalisés à l’aide de drones.
Des dispositifs de suivi ont également permis d’étudier les déplacements des manchots en mer et les caractéristiques des eaux qu’ils fréquentent.
Ces données ont aidé les chercheurs à comparer l’évolution des colonies et à examiner plusieurs explications possibles, dont les changements climatiques, l’éruption volcanique de 2016 et la concurrence pour les ressources alimentaires.
Les résultats indiquent que le déclin des manchots à jugulaire avait commencé avant l’éruption volcanique et qu’il s’est poursuivi par la suite. Les chercheurs estiment que la diminution de la disponibilité du krill liée au réchauffement régional constitue l’explication principale la plus plausible.
Un signal préoccupant pour les écosystèmes antarctiques
Les manchots jouent un rôle important dans les réseaux alimentaires marins. Une modification aussi importante de leur abondance peut avoir des conséquences sur les relations entre les prédateurs et leurs proies.
Le changement observé sur l’île Zavodovski souligne également la vulnérabilité des espèces spécialisées dans des conditions environnementales particulières.
Les scientifiques appellent à poursuivre les observations sur d’autres îles de l’archipel afin de déterminer si les mêmes tendances concernent l’ensemble de la région.
Cette étude rappelle que les conséquences du réchauffement climatique ne se limitent pas aux zones habitées. Même dans les régions les plus isolées de la planète, les changements de température et la transformation des écosystèmes peuvent affecter profondément la biodiversité.
Source scientifique : Ratcliffe et al., Population declines and changes in community composition at the world’s largest penguin colony, Current Biology, 7 octobre 2026.
Référence : https://doi.org/10.1016/j.cub.2026.09.010
Source complémentaire : British Antarctic Survey, « Penguin population collapse on volcanic island ».
https://www.bas.ac.uk/news/penguin-population-collapse-on-volcanic-island
Antarctic Stories — Comprendre les changements environnementaux et la biodiversité des régions polaires.
Analyse et rédaction par l’équipe d’Antarctic Stories



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