Ce détail dans la glace alerte les scientifiques : l’Antarctique a peut-être déjà reculé très loin
Des poussières piégées dans la glace antarctique il y a plus de 120 000 ans racontent une histoire inattendue. En retraçant leur origine, des chercheurs ont mis en évidence les signes d’un recul majeur de la calotte glaciaire de l’Antarctique occidental durant la dernière grande période chaude de la Terre, un scénario qui pourrait éclairer l’avenir du continent blanc face au réchauffement actuel.
Les archives climatiques ne se limitent pas aux bulles d’air emprisonnées dans la glace. Les poussières qui s’y accumulent au fil des millénaires constituent elles aussi de précieux témoins des changements environnementaux. C’est ce qu’illustre une étude publiée dans Nature Geoscience, qui s’est intéressée à une carotte de glace prélevée dans la zone de glace bleue d’Allan Hills, en Antarctique oriental.
Cette glace renferme des particules datant de la dernière période interglaciaire, survenue entre 129 000 et 116 000 ans avant notre époque. Les chercheurs ont analysé la concentration, la taille et surtout la composition chimique de ces poussières afin d’en déterminer l’origine.
Durant la période glaciaire froide qui a précédé cet épisode chaud, les poussières provenaient principalement du sud de l’Amérique du Sud, une source bien connue des scientifiques. Mais lorsque le climat s’est réchauffé, le signal a brusquement changé. Les analyses révèlent alors la présence de matériaux volcaniques caractéristiques de régions situées autour de la mer de Ross, en Antarctique.
« Nous avons découvert une signature volcanique rarement observée auparavant dans la glace antarctique d’une période chaude », explique la géochimiste Sarah Aarons, coautrice de l’étude. Une observation surprenante qui suggère que des terrains rocheux normalement recouverts de glace étaient alors exposés à l’air libre.
Les indices d’une mer de Ross largement ouverte
Les caractéristiques physiques des poussières renforcent cette hypothèse. Les chercheurs ont identifié des particules plus grosses et plus anguleuses que celles observées pendant les périodes froides. Or, ces grains relativement lourds ne peuvent généralement pas être transportés sur de très longues distances par les vents.
Selon l’équipe, leur présence indique donc une source beaucoup plus proche du site de prélèvement. Les régions libres de glace situées près du détroit de McMurdo, dans le système de rift de l’Antarctique occidental, apparaissent comme les candidates les plus probables.
Pour comprendre ce changement, les scientifiques ont confronté leurs observations à plusieurs simulations climatiques. Ils ont testé différents scénarios d’évolution de la mer de Ross, allant d’une configuration proche de l’actuelle à un effondrement important de la barrière de Ross, l’immense plateforme de glace flottante qui freine aujourd’hui l’écoulement de la glace vers l’océan.
Les résultats montrent qu’une réduction marquée de cette barrière favorise à la fois des vents plus intenses, une augmentation du transport de poussières locales et des conditions compatibles avec les signatures observées dans la carotte de glace. L’étude suggère ainsi qu’au cours de la dernière période interglaciaire, la mer de Ross était beaucoup plus ouverte qu’aujourd’hui et que la calotte glaciaire de l’Antarctique occidental était considérablement réduite.
Ce détail dans la glace alerte les scientifiques : l’Antarctique a peut-être déjà reculé très loin



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