,

Péninsule Antarctique : des chercheurs toulousains révèlent une fonte des glaces deux fois plus importante qu’estimée

Une équipe scientifique coordonnée par le LEGOS de Toulouse revoit fortement à la hausse l’ampleur de la fonte des glaces en Péninsule Antarctique.

Nouvelle alerte. La Péninsule Antarctique (la région la plus au nord du continent Antarctique) perdrait bien davantage de glace que ne le laissaient penser les estimations de référence. C’est la conclusion d’une étude coordonnée par le Laboratoire d’études en géophysique et océanographie spatiale (LEGOS) de Toulouse publiée le 22 mai dans The Cryosphere. Les chercheurs estiment que cette région, particulièrement sensible au changement climatique, aura perdu près de 42 milliards de tonnes de glace par an entre 2007 et 2021, soit plus du double des estimations communément admises.

Bien que reculée, la Péninsule Antarctique occupe une place importante dans l’évolution du climat mondial. Si elle ne représente que 4 % de la surface totale de la calotte glaciaire antarctique, elle a contribué à environ 15 % de la perte totale du volume de glace entre 1992 et 2020. Plus globalement, la calotte Antarctique a été responsable d’environ 10 % de la hausse du niveau des mers au cours des deux dernières décennies, soit 0,4 millimètre par an.

“Une précision bien meilleure que précédemment”

Jusqu’à présent, les estimations de cette perte de masse variaient fortement selon les méthodes employées. Étienne Berthier, glaciologue au CNRS au sein du LEGOS, présente les trois grandes techniques communément employées pour étudier les changements des glaciers de la Péninsule Antarctique : la gravimétrie (qui mesure directement par satellite les changements de masse), la comparaison de l’accumulation de neige avec les pertes de masse liées aux icebergs libérés et enfin celle des changements d’altitude (réalisée grâce aux lasers altimétriques de satellites). Néanmoins, ces techniques ne permettaient pas d’observer précisément les évolutions des glaciers, d’autant plus face au terrain complexe que constitue la Péninsule Antarctique.

L’enjeu de cette nouvelle étude était donc d’affiner ces calculs grâce à une approche reposant sur l’analyse de centaines d’images satellitaires capturées par Spot 5 et de modèles numériques de terrain couvrant deux périodes : entre 2006 et 2008 puis entre 2020 et 2022.

Maud Bernat, doctorante à l’Université de Toulouse au sein du LEGOS et première auteure, explique que cette méthode a permis de “générer des cartes de changement d’élévation avec une précision bien meilleure que précédemment”. Concrètement, l’équipe de scientifique a “amélioré la résolution spatiale d’un kilomètre à 30 mètres”.

Des pertes concentrées sur quelques glaciers

Les résultats, qui concernent aussi bien la calotte polaire que les glaciers situés sur les îles voisines du continent, montrent une perte annuelle de 42 milliards de tonnes de glace entre 2007 et 2021, soit l’équivalent de 40.000 piscines olympiques chaque jour. Environ un tiers de cette fonte proviendrait des îles, tandis que la partie continentale représenterait 28 milliards de tonnes annuelles.

“Ces pertes continentales sont nettement plus fortes que l’estimation communément utilisée de 15 milliards de tonnes par an. La haute résolution spatiale, sans précédent à l’échelle de toute la Péninsule Antarctique, permet d’observer les glaciers où les pertes sont concentrées“, précise Maud Bernat.

Pourquoi cette différence de plus de 20 milliards de tonnes annuelles n’était pas visible sur le niveau des mers ? Étienne Berthier explique :

“À l’échelle de l’augmentation du niveau des mers, cette différence ne représenterait qu’environ 0,1 millimètre pas an. Cette variation infime n’aurait pas permis de se rendre compte de l’écart.”

Pour ce qui est de la localisation de ces pertes, elles ne sont réparties uniformément sur l’ensemble de la péninsule. Dans le nord, plusieurs glaciers enregistrent un fort amincissement en réponse aux changements récents. Pour certains, l’amincissement atteint en moyenne quatre mètres par an, avec des pointes supérieures à 20 mètres par an localement. Les chercheurs ont ainsi constaté qu’une trentaine de glaciers seulement concentraient 80 % de la perte de masse observée. À l’inverse, le sud-est de la Péninsule Antarctique constitue la seule zone où un léger gain de masse est enregistré.

Carte des différences d’élévations entre 2007 et 2021 obtenues en comparant SPOT5-HRS et REMA. © CC BY-SA 4.0

Ces différences pourraient s’expliquer notamment par un réchauffement climatique plus intense au nord de la péninsule et la présence de glaciers “plus épais”. Ces derniers, de part leur contact avec les eaux océaniques profondes (qui se réchauffent plus vite que la surface) sont en effet davantage exposés à un amincissement important.

Péninsule Antarctique : des chercheurs toulousains révèlent une fonte des glaces deux fois plus importante qu’estimée

0 replies

Leave a Reply

Want to join the discussion?
Feel free to contribute!

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *