“Le lac s’est vidé en quelques mois”, comment le dernier lac épicontinental du Canada a disparu
Au Canada, un lac épicontinental situé dans une zone protégée a disparu suite à la rupture de sa barrière de glace. Dans leur étude, les chercheurs reviennent sur les causes de cette disparition et les conséquences pour cet écosystème unique.
Au nord de l’île d’Ellesmere au Nunavut (Canada), le dernier lac épicontinental du pays s’est déversé dans l’océan Arctique. Après la rupture de la barrière de glace de Milne en 2020, l’eau douce s’est écoulée jusqu’à disparaître totalement. “La disparition de cet écosystème millénaire montre que même le dernier refuge glaciaire de l’Arctique est vulnérable à des changements rapides”, note l’Université de Colombie-Britannique dans un communiqué.
Pour que ce type de lac (appelé lac épishelf) existe, une plateforme de glace flottante (un prolongement en mer de glaciers terrestres) doit obstruer l’embouchure d’un fjord. “L’eau douce provenant de la plateforme et les eaux de ruissellement terrestres sont retenues par celle-ci. Du fait de sa faible densité, l’eau douce flotte à la surface de l’eau de mer”, explique le site AntarcticGlaciers.
Comme l’explique Bernard Laval, coauteur de l’étude et professeur de génie civil à l’Université de Colombie-Britannique (UBC), “les lacs épicontinentaux signalent quand une plateforme de glace subit des tensions”. Dans leur étude publiée dans la revue Scientific Reports, les chercheurs fournissent la première reconstitution complète du drainage du lac et de sa transformation en milieu marin.
“Cette structure écologique unique a disparu”
Cette disparition était-elle prévue ? “La plateforme de glace et le lac s’amincissaient depuis des décennies, mais la débâcle de 2020 a été le coup de grâce. Le lac s’est vidé en quelques mois”, précise dans le communiqué Jérémie Bonneau, professeur à l’Université Laval (Canada). Les mesures sur le terrain ont montré que l’eau saumâtre avait entièrement remplacé la couche d’eau douce qui le composait.
Par la suite, les chercheurs ont analysé les données d’instruments ancrés dans le fjord de Milne, les profils hydrologiques annuels, les images satellites et les observations sur le terrain. Les mesures “ont montré que la plateforme de glace était en train de céder”, continue le professeur Bernard Laval.
Pourtant, “ces lacs sont remarquables car un écosystème d’eau douce repose directement au-dessus d’un écosystème marin, séparés uniquement par une fine zone de transition eau douce / eau salée”, explique Andrew Hamilton, coauteur et chercheur à l’Université de l’Alberta. Mais lorsque la plateforme de glace s’est brisée, cette structure a disparu.
L’eau douce qui pénètre dans le fjord de Milne est désormais directement rejetée dans l’océan. Pour que le lac se reconstitue, il faudrait que la plateforme de glace se régénère, ce qui est impossible dans le contexte climatique actuel.
La fin du dernier refuge ?
Les auteurs précisent que la barrière de glace de Milne se situe au cœur de la “zone de la dernière glace”, une région géographique estimée comme le dernier refuge où la glace pérenne devrait subsister en Arctique. Elle fait également partie de l’aire marine protégée Tuvaijuittuq, dont le nom signifie “l’endroit où la glace ne fond jamais“ en inuktitut.
“Ces systèmes ont mis des milliers d’années à se former et ont disparu en quelques mois”, s’inquiète le professeur Jérémie Bonneau. “À l’échelle humaine, ils ne reviendront pas”. En conclusion, les chercheurs soulignent que la perte de ce lac épicontinental marque la fin d’un écosystème rare issu d’une époque plus froide, et démontre la grande vulnérabilité de cette “zone de la dernière glace” face à l’accélération du réchauffement climatique.



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