Le secret des mystérieuses montagnes invisibles de l’Antarctique, enfouies depuis 500 millions d’années, enfin percé
Enfouie sous plusieurs kilomètres de glace dans le cœur de l’Antarctique oriental, une chaîne de montagnes comparable aux Alpes européennes vient de révéler, après tant d’années de mystères, une partie de son histoire.
C’était jusqu’alors une vaste énigme géologique, dissimulée sous la calotte polaire la plus épaisse du globe. Depuis leur découverte par une expédition soviétique en 1958, les montagnes sous-glaciaires de Gamburtsev, invisibles à l’œil nu, fascinent les géologues, confrontés à la question épineuse de leurs origines : quand et comment sont-elles apparues sur Terre ? Une nouvelle étude publiée dans Earth and Planetary Science Letters et relayée par The Conversation, lundi 12 mai, lève le voile sur leur naissance. Elles seraient apparues il y a plus de 500 millions d’années, lors de la formation du supercontinent Gondwana.
La chaîne des Gamburtsev, qui s’étend sur 1 200 kilomètres de long et comprend des pics culminant à 2 700 mètres d’altitude, s’élève au sein d’un continent réputé stable depuis des centaines de millions d’années, loin des frontières tectoniques actives. Or, les montagnes naissent généralement là où les plaques terrestres s’entrechoquent. Comment expliquer, alors, qu’une chaîne montagneuse de cette ampleur ait pu surgir et subsister au cœur d’un continent immobile ? Il y a environ 650 millions d’années, plusieurs masses continentales aujourd’hui intégrées à l’Antarctique oriental se sont heurtées, fermant un océan et déclenchant la formation de la croûte épaisse et surélevée de Gamburtsev.
Un exemple de conservation naturelle unique au monde
Le processus fut d’abord un soulèvement intense, comparable à celui de l’Himalaya, puis une phase d’affaissement partiel : la croûte, devenue trop lourde, s’est mise à s’étaler latéralement comme une pâte chaude. Ce phénomène de “diffusion gravitationnelle” a permis à la chaîne de conserver une sorte de racine rocheuse plongeant dans le manteau terrestre, qui assure sa stabilité. Cette architecture interne, à défaut d’être visible, est perceptible grâce à des modèles géophysiques et aux rares affleurements rocheux à proximité, notamment dans les montagnes du Prince Charles, expliquent les scientifiques.
Pour établir cette chronologie, les chercheurs ont analysé des grains de zircon enfouis dans des sédiments transportés par d’anciens fleuves. Véritables horloges cristallines, ces minéraux permettent de dater avec précision les épisodes géologiques. Dans ce cas précis, ils ont indiqué que les montagnes ont commencé à s’élever vers 650 millions d’années, culminé vers 580 millions, avant d’entrer en phase de transformation profonde autour de 500 millions d’années. Préservées par les glaces, les Gamburtsev ont échappé à l’érosion qui efface habituellement les traces des plus anciennes chaînes.
Sur le terrain, près du glacier Denman, où les travaux se poursuivent, des géologues ont mis au jour des roches qui pourraient appartenir à la même formation. Ces découvertes, couplées à des modèles radars sophistiqués, aident à cartographier l’Antarctique invisible, gelée par le temps.





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