Paradoxalement, ce sont les eaux chaudes des tropiques qui font croître l’Antarctique
L’Antarctique fond, c’est l’un des symptômes les plus connus du dérèglement climatique. Pourtant, à contre-courant, sa masse s’est récemment mise à grossir au lieu de rétrécir. Le responsable se cachait à des milliers de kilomètres, dans une mer tropicale devenue trop chaude, et il a rechargé la glace antarctique.
Une équipe internationale menée par Yunhe Wang, de l’Académie chinoise des sciences, a établi dans une étude parue en août 2026 dans Nature que le réchauffement d’une mer tropicale a détourné les vents jusqu’au pôle Sud, y déversant une neige inhabituelle. Le résultat déconcerte, car ce continent perd de la glace année après année, et il vient pourtant d’en regagner plus qu’à aucun moment depuis vingt ans. Ce surcroît de neige a épaissi la glace antarctique à l’est, un gain spectaculaire mais passager, sans rapport avec une pause du climat.
Quand l’est de l’Antarctique s’est remis à neiger
Entre 2021 et 2023, la calotte antarctique a gagné environ 695 milliards de tonnes en seulement 22 mois. Il s’agit du plus fort gain enregistré en deux décennies par les satellites GRACE, qui suivent depuis le début des années 2000 les infimes variations de gravité liées aux mouvements de glace. L’essentiel de cette masse supplémentaire s’est concentré à l’est, entre la terre de la Reine-Mary et la terre de Wilkes.
À elle seule, cette zone a capté près de 470 milliards de tonnes, soit environ 68% du total, tandis que l’ouest du continent continuait de perdre de la glace. Ce contraste vient surtout d’un excès de neige, avec des précipitations supérieures d’environ 85 millimètres par an. Plus surprenant encore, cette humidité supplémentaire venait en grande partie des tropiques.
Une mer trop chaude qui détourne les vents
Le mécanisme prend naissance près de l’Indonésie, dans la vaste « piscine d’eau chaude » tropicale qui s’étend entre l’ouest du Pacifique et l’est de l’océan Indien. Entre 2021 et 2023, sa surface a dépassé d’environ un demi-degré sa température habituelle. Mais cette chaleur n’a pas voyagé jusqu’à l’Antarctique. Elle a surtout perturbé l’atmosphère au-dessus de la région.
Cette anomalie a fait naître de grandes ondulations atmosphériques, les ondes de Rossby, qui se sont propagées vers le sud. Elles ont alors favorisé l’installation d’une zone de haute pression au-dessus de l’Antarctique de l’Est. Ce verrou a dévié vers le continent gelé des fleuves atmosphériques, de vastes couloirs chargés en vapeur d’eau venus de l’océan Indien. Deux modèles climatiques ont reproduit ce scénario, contrairement à El Niño et aux autres oscillations océaniques connues, qui ne suffisaient pas à expliquer l’épisode.




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